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Alors que les drogues hallucinogènes de la beat-generation exprimaient un déni de la réalité ambiante mais possédaient une potentialité critique, l’Amérique de Las Vegas et les photographies sursaturées et digitalisées à l’excès de Paolini réduisent la déformation du réel à un simple jeu. Au lieu d’amener à une contestation de l’ordre social, ce jeu révèle la capacité de produire rêves, fantasmes et vie imaginaire à l’échelle industrielle en recyclant le désir de dérèglement des sens en une valeur hygiénique et sociale – l’entertainment (le divertissement) – avec :

  • d’un côté l’idée fixe d’une critique de la banalité quotidienne ;
  • de l’autre, la forme d’un simple recours à la fantaisie collective limitée à un espace et à un temps donné.

Une expérience des limites, mais dans les limites de l’expérience. Distinctions brouillées entre le sérieux et l’amusant, le quotidien et le ludique, non seulement l’entertainment y absorbe toute forme culturelle, mais tend à remodeler tout ce qui appartient à la civilisation.

La ville ayant entrepris – à l’occasion de son centenaire – d’écrire l’histoire de sa légende sur le mode d’un musée de la culture populaire américaine à ciel ouvert essentiellement inscrit à Downtown-Las Vegas, l’auteur emprunte ici des circuits encore peu fréquentés mais désormais patrimoniaux tels les « Nevada’s Newest Scenic Byway », « Arts District History Tour », « Arts Landscape of Las Vegas », « Cultural Landscape of Downtown-Las Vegas » ou encore  « Neonopolis », sans oublier de re-visiter le fameux « Strip » qui a fait la réputation et l’image de la ville.

Défiant par excès l’imagination qu’impose la raison et par défaut celle de l’entendement, que procurent Las Vegas et l’ART-ertainment ou l’ART-chitecture de Paolini ? Du rêve ! Pas le rêve de la réussite, mais la réussite du rêve. « Vegas » et l’auteur n’inculquent pas que chaque rêve peut à tout instant devenir réalité, s’accomplir en fortune immédiate ; la seule réalité sensible  est le fait même de pouvoir rêver.

Et rêver, c’est déjà avoir gagné !

Entrons dans le rêve…

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